La Fabrication
De génération en génération, nous perpétuons un savoir-faire ancestral rare et préservé. Notre Maison est l’une des dernières à fabriquer des articles sur mesure à partir de toison brute et à travailler sur des machines classées au patrimoine national.
Vous allez découvrir ici les 24 étapes nécessaires à la réalisation de nos légendaires tissus, dont la fabrication est restée immuable depuis bientôt 200 ans…
Réception de la laine
Aspirant à l'excellence, Arpin ne récolte que les toisons d'automne, la laine burel représentant un quart de la collecte
Première pesée
Aujourd'hui encore, la Filature pratique le troc avec les éleveurs qui le souhaitent. Ainsi, « certaines familles viennent avec leurs toisons et repartent avec des produits finis ». Une première pesée permet de fixer la valeur du curons de laine en suint, en fonction du poids mais aussi de la qualité de la laine et de la race du mouton.
Triage
Chaque toison est débarrassée manuellement de ses impuretés : glognes, paille, peinture, laine feutrée représentent en effet jusqu'à 50 % du poids initial.
Passage au petit batteur
Le petit batteur complète le nettoyage initié par le triage et ôte les impuretés restantes (laine trop courte, petites pailles, chardons).
Le petit batteur machine de 1890.
Lavage
Pour retirer le suint, la laine est dégraissée dans une eau tiède additionnée d'une substance naturelle tenue secrète. L'eau ne doit surtout pas être trop chaude au risque de fragiliser la laine et de la rendre cassante.
Rinçage dans le léviathan
Dans le léviathan, la laine est rincée à l'eau du Versoyen, torrent voisin de la Filature reconnu pour les qualités particulières de son eau.
Séchage au galetas
La laine est étendue sur le sol sur une épaisseur d'environ 10 cm. La pièce, chauffée uniquement par la réverbération du soleil sur le toit et ventilée par le Saint-Bernard, permet à la laine de sécher entre 2 et 10 jours selon la météo.
Deuxième pesée
Avant de descendre la laine du galetas, le maître lainier pèse une seconde fois la laine afin de préparer le dosage nécessaire à la production souhaitée.
Passage au grand batteur
La laine est acheminée à l'avant du grand batteur par une trappe. Cette machine permet d'éliminer les ultimes impuretés qui seraient passées au travers du petit batteur.
Le grand batteur se compose d'un axe doté de 60 pics métalliques. Dans un mouvement rotatif régulier, ces pics projettent la laine à l'arrière de la machine. Les impuretés tombent dans le bas de la machine et la laine qui en ressort est propre et aérée.
Le grand batteur (1865), machine enregistrée au patrimoine national.
Ensimage
L'étape de l'ensimage consiste à enduire la laine d'un corps gras : c'est une étape préalable et nécessaire à l'étape du cardage qui transformera la bourre en fils. Contrairement au suint, cette substance part au lavage sur un produit tissé
Passage au loup
Le Loup tire son nom des différentes dents qui composent la machine et qui mâchent la laine pour lui donner toute sa régularité. En cuir, en crin et en métal, ces dents sont toutes fabriquées par des artisans de Séez (tanneur, taxidermiste et forgeron). Le Loup ordonne et démêle les paquets de laine pour rendre la fibre plus homogène.Il permet aussi au corps gras préalablement utilisé de pénétrer en profondeur dans les multiples écailles qui composent la laine.
Le loup (1930), machine enregistrée au patrimoine national.
Cardage
C'est sur la cardeuse que débute réellement la fabrication du fil. Cette étape a pour but d'étirer les fibres en les rendant parallèles. Les chargeurs de la machine pèsent puis libèrent la laine à un intervalle qui définira le titrage du fil. La laine passe ensuite entre des cylindres revêtus de dents métalliques de plus en plus fines.Peu à peu, un voile de laine se forme qui sera partagé en rubans par des sangles de cuivre. Enfin, des frotteurs prennent en charge les rubans en les roulant sur eux-mêmes.Ce mouvement permet d'obtenir un fil très délicat.
Les cardes (1928), machine enregistrée au patrimoine national.
Tordage
Le continu à filer soumet le fil obtenu sur la cardeuse à des torsions afin de le faire gagner en résistance. On dispose au sommet de la machine les bobines issues de la carde.Ces fils, fragiles, sont tournés, étirés puis enroulés sur les fusées de la machine. Selon la qualité de tissu souhaitée, il est possible d'associer plusieurs fils ensemble.
Le continue à filer, machine de 1928.
Bobinage
Une fois les fusées finies, le maître lainier transfère le fil sur des cônes pour constituer les bobines (jusqu'à 6 fusées par bobine), grâce à un bobinoir. Ces fusées sont raccordées avec un nœud bien particulier qui devra passer dans les lisses du métier à tisser. Lors de cette étape, un dévideur permet de contrôler l'homogénéité du fils.
Le Bobinoir, machine des années 1960.
Ourdissage
Cette étape est assurée par l'ourdissoir.Elle permet d'ordonner les fils sur l'ensouple que l'on viendra placer à l'arrière du métier à tisser. Le motif du tissu est tributaire de la disposition des bobines sur le cantre.Si l'on souhaite par exemple obtenir un carreau écru et rouge, il faudra mettre sur le cantre une moitié de bobine blanche et une autre moitié de bobine rouge.Derrière le cantre, un peigne permet d'ordonner les fils qui seront ensuite enroulés autour de l'ourdissoir. Le peigne et le cantre, montés sur roulette, seront décalés pour recommencer l'opération qui sera répétée autant de fois que nécessaire jusqu'à obtention de la laine souhaitée.
L'ourdissoir, le cantre (1890) et le peigne sont enregistrés au patrimoine national.
Dévidage
Le dévidage est l'étape qui permet au maître tisserand de transférer vers l'ensouple le fil qui est enroulé sur l'ourdissoir.
Nouage
C'est l'ultime étape avant le tissage.Le nouage consiste à raccorder les anciens fils de chaînes laissés sur le métier à tisser aux nouveaux fils de l'ensouple. Les anciens fils serviront ainsi de guide aux nouveaux pour le passage dans les lisses. Le tisserand devra réaliser jusqu'à près de 2600 nœuds à la main, ce qui équivaut à une pleine journée de travail.
Tissage
Une pièce de tissu nécessite une journée de tissage.Le tisserand doit donc surveiller continuellement le bon fonctionnement du métier à tisser et effectuer de nombreux réglages.
Le métier à tisse, machine des années 1970.
Lavage
Les pièces de tissu terminées sont toutes lavées pour ôter l'huile végétale appliquée lors de l'ensimage. Cette étape requiert l'intervention d'au moins deux personnes puisque ces pièces, une fois mouillées, peuvent peser jusqu'à 100 kg.L'étape du lavage est assurée par le dégorgeoir.
Essorage
Après le lavage, les pièces de tissus sont essorées au maximum afin de faciliter les étapes suivantes.
Foulonnage
Cette opération est une étape cruciale dans la confection du Drap de Bonneval et de la Muletière. Le foulon travaille la pièce tissée de manière à la rendre plus souple, plus stable, plus résistante et imperméable.On fait passer la pièce entre des cylindres en bois qui écrasent littéralement le boyau de tissu en s'engouffrant dans la machine. A la pression exercée sur le tissu s'ajoute l'échauffement provoqué par un mélange composé d'eau et de savon noir.
Foulon (1875), machine enregistrée au patrimoine national.
Le grattage
La pièce de tissu passe entre des chardons (métalliques ou naturels). Ces chardons tirent les fibres de surface qui composent le tissu et créent ainsi un fin molleton qui offrira chaleur, douceur et confort à la couverture.
La laineuse à chardon (1933), machine enregistrée au patrimoine national.
Séchage
Les pièces sont soit disposées sur la rame extérieure de la Filature (entre les jardins) pour un séchage à l'air libre, soit mises dans un séchoir dont l'air tiède est fourni par une chaudière où sont brûlés les différents déchets de la production (morceaux de laine, de bois, de paille…).
La chaudière (1928), machine enregistrée au patrimoine national.
Calandrage
Les pièces sont repassées dans un calandre fonctionnant avec de la vapeur chaude afin d'éviter tout « faux pli » dans le tissu.
Calandre (1918), machine enregistrée au patrimoine national.
Visite et roulage
Les pièces de tissu sont contrôlées puis rangées sous forme de rouleaux avant d'être transformées dans l'atelier de confection Arpin.